Pour le centenaire de Maria Callas, Tom Volf signe sa première mise en scène d’opéra. Le choix se porte sur Norma de Vincenzo Bellini — l’opéra le plus étroitement associé à Callas — et sur l’un des lieux qui ont compté pour elle : le Théât…

Pour le centenaire de Maria Callas, Tom Volf signe sa première mise en scène d’opéra. Le choix se porte sur Norma de Vincenzo Bellini — l’opéra le plus étroitement associé à Callas — et sur l’un des lieux qui ont compté pour elle : le Théâtre antique d’Hérode Atticus, à Athènes, où elle s’est produite en 1944 et 1957. Les deux représentations, données les 28 et 30 août 2023 devant 5 000 spectateurs par soir, sont produites par la fondation culturelle Lykofos en collaboration avec la télévision grecque ERT. La direction musicale est confiée à Eugene Kohn — accompagnateur de Callas dans ses masterclasses à Juilliard, dans ses derniers récitals.
Sur scène, Joyce El-Khoury (Norma) trouve dans ce rôle ses débuts à la fois absolus et triomphants ; à ses côtés, Theresa Carlomagno (Adalgisa), Mario Frangoulis (Pollione), Sava Vemić (Oroveso), Diamanti Kritsotaki (Clotilde), Alexander Marev (Flavio). Le Chœur Mixte Fons Musicalis (dir. Kostis Konstantaras) et l’Orchestre Symphonique de la Radio grecque accompagnent la production. Décors : David Negrin. Costumes : Yannis Metzikof. Lumières : Lefteris Pavlopoulos. Chorégraphie : Ersie Pittas. Au total, plus de 110 artistes sur le plateau.
Un lien fort avec l’histoire. Tom Volf a su établir un pont entre passé et présent, rendant Norma accessible aussi bien aux passionnés de Callas qu’à un nouveau public.





Pour Tom Volf, Norma n’est pas un personnage du passé : une grande prêtresse, un chef de tribu omnipotente, seule à pouvoir déclarer la guerre ou la paix — et Bellini, deux siècles plus tôt, l’a écrite comme telle. L’opéra se déploie autour d’une chaîne de trahisons (Norma envers ses vœux et son peuple, Adalgisa envers les siens et envers Pollione, Pollione envers les deux femmes), mais le sujet réel, selon le metteur en scène, est la rédemption. C’est elle qui traverse tous les personnages et qui apporte la catharsis au spectateur.
Le parti pris scénique est radical par sa sobriété, dans une époque où les transpositions contemporaines dominent. Tom Volf laisse l’action dans le premier siècle avant Jésus-Christ comme le veut le livret, et tire parti de l’amphithéâtre antique : sanctuaire druidique marqué par un grand arbre à gauche, blocs de pierre à droite, espace central avancé vers la fosse d’orchestre. Le chœur, placé en statique, prend la fonction d’un chœur antique grec. À l’interlude de l’acte II, une figure menaçante de la mort, accompagnée de cinq danseurs, traverse le plateau ; le même tissu rouge servira à l’appel à la guerre puis, à la fin, à représenter le bûcher où Norma s’immole — manière d’éviter un feu réel sur scène. La direction d’actrice à Joyce El-Khoury rappelle celle de Visconti à Callas dans son Alceste à la Scala : pas de mouvement parasite, une posture noble, le geste seul, amplifié par une robe dont le tissu prolonge les bras.
Le choix d’El-Khoury n’est pas un hasard. Tom Volf l’avait entendue dans la version française de Poliuto de Donizetti, enregistrée pour Opera Rara, quelques mois avant que le projet Norma ne soit officiellement validé. La cohérence du timbre lyrique avec ce que Bellini avait écrit — à l’origine, la création par Giuditta Pasta puis Giulia Grisi, deux sopranos, dans une époque où la frontière soprano/mezzo n’était pas tracée comme aujourd’hui — orientait naturellement vers cette voix-là. Norma reste, dans le répertoire de Callas, le rôle le plus joué : elle l’a chanté 92 fois sur scène, plus que tout autre opéra. La production rend ainsi hommage à la cantatrice dans le lieu même qui l’avait accueillie quatre-vingts ans plus tôt — auquel s’ajoute, dans la mémoire grecque, la légendaire Norma de Callas à Épidaure en 1960.
Pour Tom Volf, mettre en scène à Hérode Atticus relève autant du privilège que de l’engagement personnel : « Il y a une énergie particulière dans ce lieu qui remonte loin en arrière, à tant d’artistes, tant de représentations qui s’y sont jouées — tout cela m’inspire profondément. »
Des débuts triomphaux.
La meilleure et la plus convaincante Norma que j’aie vue ces vingt dernières années.
Le lyrisme de l’interprétation, la tragédie qui flirte avec l’opéra, des voix qui transpercent l’âme, une intrigue qui vous tient en haleine — voilà les clés d’une représentation dont on se souviendra des années.